La dématérialisation du livre ne fait pas encore rêver

Hors Hollywood, le rêve se fabrique aussi au sein des bureaux d’études électroniques et des services marketing des Word Companies.

 

Il y a encore peu, au siècle dernier, le grand public ne voulait pas entendre parler de téléphone mobile ou d’ordinateur portable.

Pourquoi faire ? On trouvait des téléphones partout, à tous les coins de rue !

– Si c’est pour que ma femme ou mon patron puisse me pister 24h sur 24, non merci !

– Quant à l’ordinateur portable, j’en fais quoi ? Je l’emporte à la plage ou aux toilettes ? J’ai ai déjà un dans mon salon et autre au bureau, ça me suffit bien !

 

Pour la musique, aujourd’hui la messe est dite. Désormais, on télécharge davantage de musique qu’on achète de coffrets, on visite les sites des idoles pour entendre des extraits de concerts, découvrir des inédits ou encore bloguer directement avec les musiciens.

Ah tiens, souvenez-vous des arguments des pré-nostalgiques du 33t vinyle lorsque le disc laser a montré son le bout son nez.

 

Le chaînon manquant entre l’ordinateur et le livre est désormais en vente. On dit communément un ebook, on devrait spécifier un reader ebook. Il s’agit d’une machine à lire qui cumule les avantages de l’ordinateur (téléchargement, stockage…) et ceux du livre (pas de rétroéclairage qui fatigue les yeux, format réduit et ultra plat…). On peut citer le « Reader Sony » disponible à la Fnac ou encore le Kindle, conçu par le distributeur Amazon.

 

Dans le domaine de la presse, hommage au journal Les Echos qui a ouvert la voie en proposant une solution complète sur abonnement dès 2007.

 

La numérisation des connaissances génère une dynamique fantastique. Google incarne une nouvelle ère de notre civilisation. Son moteur de recherche répond gratuitement à toutes vos requêtes par des millions de réponses, obtenues en une fraction de seconde ! Aucun roman de science fiction ne l’a imaginé, pas plus que le téléphone mobile, du reste.

 

Alors, en 2009, lorsqu’il faut toujours annoter un livre, puis devoir recopier ses notes sur ordinateur pour rendre l’information réexploitable à terme, c’est rageant !!! Empiler les coupures de presse, idem. Vous avez compris, l’offre en bouquins est encore dérisoire.

 

Une exaspération que je me flatte de partager avec Albert Robida, le dessinateur-journaliste-romancier qui a écrit ces quelques mots, en 1892 (oui, il y a cent ans), dans la revue « Le vingtième siècle » :

« Ce que je pense de la destinée des livres, mes chers amis ? Si par livres vous entendez parler de nos innombrables cahiers de papier imprimé, ployé, cousu, broché sous une couverture annonçant le titre de l’ouvrage, je vous avouerai franchement que je ne crois point, et que les progrès de l’électricité et de la mécanique moderne m’interdisent de croire, que l’invention de Gutenberg puisse ne pas tomber plus ou moins prochainement en désuétude comme interprète de nos productions intellectuelles. L’imprimerie que Rivarol appelait si judicieusement “l’artillerie de la pensée”, l’imprimerie qui gouverne l’opinion par le livre, la brochure et le journal, l’imprimerie qui, à dater de 1436, régna si despotiquement sur nos esprits, me semble menacée de mort, à mon avis, par les divers progrès de l’électricité… »
1892, Le vingtième siècle, la vie électrique, Paris, Librairie illustrée

Du temps de Robida, la Belle Epoque, on vouait au progrès une ferveur quasi religieuse. L’électricité, le vaccin, le téléphone ou l’art Nouveau, c’était la promesse d’un monde meilleur tout de suite et pour tous !

 

De nos jours, le livre numérique ne fait pas spontanément rêver. Je veux dire sans matraquage publicitaire. J’entends déjà des : « ça va trop vite ».

 

Déjà blasés par le progrès ?  

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